Avec des nuances...
Par exemple :
ZeDab, conducteur de BMW, ne salue que les autres conducteurs de BMW, d'un geste discret, sobre, élégant, et empli de la connivence qui sied aux personnes appartenant au même monde.
Lorsqu'il croise un jeune conducteur de sportive, genou à terre, qui lui fait un V en frottant presque les doigts sur la route, il lui répond d'un léger haussement d'épaule (celle de gauche, la droite souffre encore quelque peu) et en haussant un seul sourcil.
Le salut motard, c'est culturel : les teutoniques voisins de ZeDab ont en général le salut moins spontané. Certains roulent à moto comme on roulerait en caisse décapotable. C'est juste un moyen de transport différent.
Les Français (hors conducteurs de GS ou Indian) sont plus en général dans la culture Joe Bar Team...
ZeDab ne salue pas en premier les machines à trois roues (mis à part les sides) mais leur répond car il a été bien élevé par les siens parents.
Pour les 4 roues, il ne salue que les tondeuses à moteur Honda, par pure nostalgie.
Il a grand plaisir à saluer les ados en pétrolettes 50 cm³ qui laissent dans leur sillage une odeur d'huile cramée sur 800 m. Surtout qu'ils trimballent leur copine en bombant le torse
ZeDab s'est surpris à saluer des gendarmes à moto (eh oui, la cataracte) et, à sa grande surprise, ils répondent souvent.
ZeDab se rappelle d'une ridicule chute alors qu'il roulait à dos de mamie 93 (snif) après avoir salué en plein Kayserberg un groupe de Harleys. Distrait par son geste, ZeDab avait beugné à 15 km/h le pare-choc de la voiture qui avait freiné au feu rouge. Ecchymose au genou râpé par la protection en caïoutchouque. Au passage, ces malotrus n'avaient même pas répondu.
Par rancune, depuis ce temps, les conducteurs de Harleys avec des tronches de Hells, ZeDab les salue d'un doigt d'honneur. Parce qu'il possède une moto rapide. Twasson il part du principe que, sous leur panoplies de rebelles, ce sont des notaires ou des dentistes d'un certain âge en goguette. ZeDab est optimiste.
Lorsqu'il emprunte la route des crêtes des ses collinettes vosgiennes, un dimanche d'été au retour d'une virée, ZeDab laisse tomber les salutations : il y croise trop de motos et préfère tenir son guidon au cas où l'un des ces imbéciles raterait un virage en face...
ZeDab analyse de manière sociologique les types de saluts et écrira un ouvrage sur le sujet lors de sa retraite : que signifient le V en l'air, le V en bas, l'index nonchalant, un seul doigt, un petit hochement de tête parce que là, je débraye et j'ai l'autre main prête à freiner, le gars à 48° dans le virage qui manque de se vautrer pour saluer,le coucou bizarre, la passagère qui salue discrètement en cachette de son pilote macho, le passager qui salue en mode j'ai-plus-de-points-c'est-pour-ça-que-je-ne-pilote-pas-et-que-ma-nana-conduit, le beatnik échappé des années 70 (comme sa moto) qui salue comme s'il tenait un bédot, le gars au salut viril accompagné d'une bimbo dont le string dépasse du fut', le salut timide des jeunes permis, celui qui ne salue pas bien haut à cause de l'âge, le ZeDab en caisse qui salue le gars à moto en ouvrant la portière pour sortir le pied...
Et pis, le salut motard, la solidarité... ZeDab se souvient d'un arrêt photo dans les cols suisses, le dévers, la mamie qui bascule roues en l'air, l'essence qui pisse, la galère pour la redresser et 40 motards qui passent sans s'arrêter... Sauvé par Pierre-son-Voisin qui avait fait demi-tour. Les 40 même que ceux qui te saluent... mais ne soyons pas misanthropes...
Dans tous les cas, lorsque Zedab, du haut de son panzer, salue un motard, il prend garde à ce que son geste ne ressemblât pas trop au salut nazi. Il s'agit de sa part d'une marque de délicatesse.