Je ne les envie pas.
Mon plaisir, c'est de partir de chez moi AVEC ma moto et de rentrer à la maison AVEC. En outre, rouler dans un groupe de 10, cela ne me convient pas non plus; on subit trop l'inertie propre au groupe.
J'ai en plus la chance d'avoir de la route à bonheur tout près de chez moi .... et de chez toi, Yop!
Hier après-midi, j'avais trois heures devant moi. J'ai enfourché ma CB 500 X. Lacommande, Lasseube, Rébénacq, Laruns, col d'Aubisque, col du Soulor, Arbéost, Ferrières, Asson, Haut de Bosdarros, Gan, et de nouveau Lasseube et Artiguelouve.
180 kilomètres à pencher la moto à droite et à gauche avec des paysages superbes. Et, avec une consommation de 3 litres aux 100, cela ne fait pas cher du kilomètre.
PS: partir et revenir avec ma moto, cela a toujours été pour moi une évidence et fait partie intégrante du voyage à moto.
J'ai toujours ressenti une émotion particulière en sortant la moto chargée du garage, en parcourant un peu tendu les premiers kilomètres, en regardant s'éloigner ma ville dans les rétroviseurs. Ce goût si particulier des premiers instants, cette sensation que quelque chose se met en place, que, peu à peu, je vais m'approprier ce voyage.
Et il y a surtout cette lenteur nécessaire à tout mon être, ce changement progressif du paysage. J'aime plus que tout sentir que mon cerveau est en phase avec mon environnement, qu'il évolue avec lui. Je n'aimerais pas cette "violence" infligée à mon corps qui passerait en quelques heures de la France à l'atmosphère si différente d'un pays lointain. J'ai trop besoin de cette lenteur.
Je me souviens d'ailleurs très bien de l'inquiétude qui m'avait envahi lorsque j'avais eu un doute sur l'acceptation de mon visa iranien au retour du Pakistan. Pendant ces dix jours d'incertitude, il m'avait fallu envisager d'aller en Inde pour y trouver une solution de retour par la voie des airs pour moi et par la voie maritime pour ma moto. Cette perspective me contrariait énormément, j'avais tant envie de rentrer lentement, au fil des étapes, jusqu'en France au guidon de ma moto et de pouvoir apprécier ce moment fort où j'allais arrêter son moteur et lui dire merci de m'avoir ramené à la maison.
Et cet instant se révéla effectivement être un des moments forts de ce grand voyage.
