DU CHOUCHENN AU ROSÉ
COMPTE-RENDU
(excusez les photos peu nombreuses et de piètre qualité, mais je n’ai plus l’habitude d’en faire et ai carrément oublié que j’avais un appareil lors de l’aller, vous pouvez les consulter dans un plus grand format sur la galerie Flickr que je viens de créer pour l’occasion)
10 jours, 2 800 km, 130 € d’essence, 6 kg de saucisson et de nombreux litres de vins de Provence plus tard...
Je suis de retour.
Arrivé hier tard dans la soirée. Je décharge la bécane, grignote un morceau, prend un bain bien chaud et rejoins avec le plus grand plaisir mon lit, sur lequel je m’écroule et m’endors sans prendre le temps de souhaiter une bonne nuit à toutes mes peluches.
Et me voici aujourd’hui frais et dispo pour vous faire un petit récit de mes pérégrinations sur les routes de France en compagnie de la mignonne petite Lou
(pour la dernière fois, c’est le nom de la moto, pas de ma copine).
Morlaix, samedi 13, Ready to go
Itinéraire : Morlaix - Quimperlé - Vannes - Nantes - Poitiers - Guéret - Clermont-Ferrand - Le Puy-en-Velay - Avignon - Toulon
Centre Finistère, samedi 13, Première pause clope
Lundi 15 : départ de Quimperlé chez des amis. Connaissant bien la Bretagne, je décide de tracer jusqu’à Nantes par la voie rapide pour gagner un peu de temps. Après 10 minutes d’un ennui mortel, je m’enfuis par la première sortie et gagne Vannes, puis Nantes par de petites routes départementales tout ce qu’il y a de plus charmantes.
Je vérifie souvent mon huile, hésite à pousser mon moteur dans les tours, rechigne à rouler sur le peu de couple disponible, etc. Il me faudra attendre le lendemain pour me sentir enfin en phase avec cette moto que je ne connais que si peu.
La région du Poitou-Charentes est charmante, mais mis à part quelques villages à l’architecture ancienne bien conservée et une campagne relativement ordinaire, celle-ci ne m’inspire pas tant que j’en garde un souvenir extraordinaire.
C’est peu de temps après que je ferai connaissance avec un département que je ne connaissais pas : la Creuse. C’est vide, perdu, sauvage. Les routes sont sinueuses et bordées de manoirs plus grandioses les uns que les autres. J’adore.
Trajet : je m’arrête toutes les heures pour fumer une cigarette et laisser la petite Lou se reposer un peu. Une grosse pause en milieu de matinée pour bien prendre des forces et une heure et demie vers la midi pour déjeuner et faire une petite sieste. Je n’hésite pas non plus à faire un peu de tourisme dans les villages médiévaux, ni à prendre un peu de temps pour admirer certains paysages hors du commun ou simplement bucoliques. En partant entre 8 et 9 heures, et en roulant jusqu’à 18 ou 19 heures, je parviens à faire 600 à 700 km dans la journée sans réellement me presser. Une moyenne que je n’aurai jamais pensé atteindre.
La nuit tombe, et après avoir roulé une bonne grosse heure, je me met en quête d’un lieu sympathique pour planter la tente. Je quitte la départementale pour une route de campagne, puis celle-ci pour un chemin en terre. Et je découvre un nouveau jeu : faire du hors-piste, de nuit, à la recherche d’un bivouac. Plein phares, j’esquive quelques arbres et branches basses de justesse, et je poursuis des lapins effrayés à travers une clairière avant de me rendre compte que cette dernière s’avère parfaite pour passer la nuit.
Dans la nuit, on m’a donné de gros coups dans la tête à travers la toile de la tente. J’opinais pour un faon ou un chevreuil curieux auquel je conseillais vivement, et sans ménager mes termes, d’entrer rapidement en contact avec la population masculine hellène. Sans que cela ait d’ailleurs réellement de conséquence soit dit en passant. Une fois la bestiole partie, je pu me rendormir sans subir d’autre incident jusqu’à mon réveil le lendemain matin.
Mardi 16 : Je remballe mes affaires et quitte la Creuse en me promettant d’y revenir plus tard en explorer les moindres recoins. Et je découvre, après quelques kilomètres, un autre département qui m’était tout à plein déconnu : le Puy-de-Dôme. Sa région volcanique tout du moins. J’arrête la moto et prend le temps d’escalader l’un de ceux-ci. J’aimerai rester, mais j’ai de la route à faire et rien ne m’empêchera d’y repasser lorsque je prendrai le temps de découvrir un peu mieux le département précédent.
Je me rends compte que mes pneus sont sur-gonflés en raison de l’altitude et j’y remédie à la première station service. Entre le bord de mer et les 1 200 mètres d’altitude où je croise en ce moment, la différence de pression est énorme ; mon pneu avant gonflé à 150 le jour du départ est maintenant à 180 ! Il ne me faudra pas oublier de les regonfler une fois redescendu.
L’axe nord-sud de Clermont-Ferrand est en travaux et incapable de m’orienter parmi toutes ces déviations, je suis contraint de faire 50 kilomètres d’autoroute pour mon plus grand déplaisir. Puis je traverse, stupéfait, le Puy-en-Velay, ratant un feu rouge ou deux, admiratif que je suis de ces constructions en hauteur au beau milieu de la ville. Je décide de m’y arrêter une demie-heure pour jouer les touristes.
Bagages : (réservoir) sac de couchage enroulé dans la sur-tente (pour le garder au sec) et tenu par un filet
sous lequel est glissée la carte dans une pochette plastifiée
(place passager) sac militaire à main souple contenant fringues et affaires de toilette (plus quelques bouquins et autres bidules ramenés du sud au retour), enroulé dans la tente et fixé par un filet
(porte-bagages) piquets de la tente fixés à la cordelette
(taupe-case) papiers, bouffe, appareil photo, tout ce qui est fragile ou qu’il est utile de pouvoir avoir sous la main à tout moment de la journée
(sac à dos) outils, planchette, python, frontale, gilet fluo, matos pour la bécane qui ne craint pas l’eau
La descente sur Aubenas est un vrai bonheur. Il y a des années que je viens régulièrement en Ardèche et ce n’est pas pour rien. Au plaisir des yeux s’ajoute celui de prendre l’angle en toute sérénité pendant de longues heures sur les routes de montagne. Je me cale sur le couple et je profite de la descente. Non content de limer quelque peu mes cale-pieds (hop je me la pète !), je penche tellement que je fini par râper mon rétroviseur contre le muret qui borde la route. Un pied d’enfer malgré la route trop fréquentée à mon goût ce jour-ci.
Puis j’arrive en Provence, et je fonce. J’ai fait ce chemin un nombre incalculable de fois et je suis pressé de retrouver mes potes. Orange, Avignon, Aix, Aubagne, et enfin, Toulon.
Je passe la semaine à boire, manger des trucs à l’huile d’olive, déconner à pleins tubes, etc. Je profite.
Samedi 20 : Je traverse les gorges d’Ollioules pour rendre visite à une amie. Il s’agit, pour information, d’une route très belle, mais très étroite, extrêmement viroleuse et bien évidemment, dangereuse à l’excès. Le paradis des motards en tous genres, d’autant plus que ladite route se finit sur les monts de Provence... au circuit Paul Ricard. À l’entrée des gorges, je tombe sur une bande de roadsters qui prépare une petite arsouille et me font signe de les rejoindre. Après avoir recruté à l’arrache une Bonneville qui passait par là, nous sommes partis. La dangerosité de la route et le niveau amateur de notre petite troupe essentiellement composée de citadins, m’ont permis de suivre le rythme malgré mes 125 cm3 et mon peu d’expérience, bien que je manque sérieusement de reprise en sortie de virage. Déporté à droite : tu peux me faire l’exter’. Déporté à gauche : danger, ne pas doubler. Et personne ne dérogea à la règle, chacun étant plus occupé à s’amuser qu’à vouloir à tout prix être le plus rapide. Des motards responsables, des règles de sécurité simples et une route sinueuse. Que demande l’Alambic ?
Lundi 22 : Il est déjà temps de rentrer. Les grands vins de Bandol et l’huile d’olive vont me manquer, mais vivement que je puisse à nouveau goûter le plaisir d’accompagner mon fromage ou mon Nutella de beurre salé, composant essentiel de nos cuisines bretonnes et trop rare si au sud de la France.
Je prend la route à la pique du jour, et une photo des monts de Provence au lever du soleil.
Monts de Provence, lundi 22, À la pique du jour
Peu avant Aubagne éclate un orage dont je ne sortirai pas avant Orange. Ma combinaison me protège efficacement mais mes gants finissent par être légèrement humides à l’intérieur. Après Orange, la chaleur m’obligera à ôter ma polaire et ouvrir les aérations de mon blouson.
Et c’est là que survient le drame. Il me faut, pour le conter dans son entièreté, revenir quelque peu en arrière.
Cinq jours avant mon départ, je dérape malencontreusement sur les gravillons d’un parking nuitamment mal éclairé, là où je pensais qu’il n’y avait que du bitume. Un simple demi-tour serré sur le premier rapport. Sélecteur tordu, clignotant brisé (mais fonctionnel) et levier d’embrayage proprement cassé. J’arrange le premier à grands coups de marteau, rafistole et étanchéifie le second sans problème et bricole le dernier avec une perceuse, deux clous et un marteau pour tenir en attendant l’arrivée d’un levier neuf que je commande immédiatement.
Celui-ci arrive la veille de mon départ, mais s’avère ne pas être le bon modèle et ne s’adapte pas à la place de l’ancien. Tant pis, le bricolage est solide et tient la route, je pars ainsi et advienne que pourra !
Mais deux mille kilomètres eurent raison de ce rafistolage, tout efficace qu’il ait pu être. J’y remédie avec un caillou et deux morceaux de ferraille trouvés au bord de la route après m’être fait jeté comme un malpropre par le propriétaire du café sis à proximité alors que je querrais de lui un simple marteau.
Je m’arrêterai dès lors assez régulièrement pour resserrer le montage et pouvoir continuer ma route. Avec l’aide parfois de personnes très sympathiques qui s’arrêtèrent immédiatement en voyant une moto au bord de la voie ou devant chez qui je fus obligé de stopper.
J’ai la chance de pouvoir doubler un camion et la file de voiture qui le suivait juste avant la route qui part d’Aubenas et dont je parlais précédemment. Il semblerait que personne n’y soit parvenu par la suite, car durant toute la montée je n’ai pas vu le moindre véhicule dans mon sens de circulation. Ni devant, ni derrière. La route est à moi. Tout seul. Et j’en profite un max ! Je hurle de bonheur dans mon casque et je cite des passages entiers de
Easy Rider et
Mad Max. Je me sens libre. J’ai l’impression de survoler la route et de faire corps avec ma monture dans le moindre petit virage. C’est pour moi le meilleur moment du voyage.
Je campe au sommet d’un volcan du Puy-de-Dôme, après avoir joué à mon petit jeu en tout-terrain et pleins phares. Arrivé de nuit, j’attends le lendemain pour en prendre une photo, mais je suis déçu que le paysage me soit entièrement masqué par un brouillard à couper au couteau. L’atmosphère est tellement humide que mes chaussette sont imbibées d’eau à mon réveil, ainsi que tout ce qui n’était pas hermétiquement enfermé dans le taupe-case.
Puy-de-Dôme, mardi 23, Brouillard
Mardi 23 : Je retraverse la Creuse avec autant de plaisir qu’à l’aller, et une petite pause tourisme à Aubusson.
Creuse, mardi 23, Pause casse-croûte
Juste à l’entrée de Poitiers, le rafistolage de mon levier d’embrayage lâche encore une fois, mais sans que je parvienne à y remédier. Grâce aux indications d’un motard passé à côté de moi, je me traîne chez Honda tant bien que mal. Coincé à un feu pendant quarante secondes, incapable de démarrer et suivi par une voiture de Police qui s’impatientait à me voir enfin démarrer.
Les mecs de Honda sont sympas, mais il n’y a pas un seul levier dans tout le magasin qui corresponde au mien. Je suis au désespoir. Puis l’un d’entre eux a une idée brillante, et s’en va fouiller dans la poubelle du garage. Il en revient avec un levier très légèrement rayé et tordu, mais fonctionnel et adaptable pour ma petite Lou. Il refuse de me faire payer la pièce puisque celle-ci était destinée à la ferraille et s’émerveille que j’aie pu parcourir autant de kilomètre sur une vieille 125.
Je trace maintenant sur les environs de Nantes pour un rendez-vous chez l’ami Ursus. Le passage sur Poitiers m’a fait perdre beaucoup de temps et je commence à fatiguer.
J’y arrive sur les coups de 8 heures. Et du parking sombre où je l’attendais, je repère au loin un gros phare carré dans la nuit. Si ça ce n’est pas une Transalp je veux bien être changé en pingouin !
Ursus m’offre une bière, puis deux. Un bon repas chaud. Un lit. Le plaisir de sa conversation. Et un rhum tellement bon et fort qu’il m’a suffit d’en respirer les vapeurs pour avoir les yeux embués. Il me présente à une partie de sa charmante petite famille et me fait visiter la maison qu’il a en partie construite de ses mains. Chapeau bas !
Mercredi 24 : Le lendemain, initiation à la mécanique avec l’ami Ursus. J’apprends à changer des plaquettes et à vidanger le liquide de frein sous sa supervision. Entre ses talents pour le travail du bois, l’atelier et les outils qu’il possède, ses connaissances en mécanique et les aménagement qu’il a fait lui-même sur sa Transalp, Ursus est à mes yeux plus fort que M. Bricolage lui-même. Et je le remercie sincèrement pour son aide et son chaleureux accueil.
Port-Saint-Père, mercredi 24, Ursus, la grande sœur et la petite
Sur les conseils de mon hôte, je rejoins les bords de la Loire jusqu’au Pellerin ou un bac emmène les voitures, motos et piétons d’une rive à l’autre. J’y embarquais et, le temps de prendre une photo, j’en débarquais.
La Loire, mercredi 24, Sur le bac
Puis je roule tranquille vers Quimperlé en évitant la voie rapide et en me perdant volontairement ; j’ai tout mon temps. Je découvre la petite ville de Sainte Anne d’Auray que je retournerai visiter sous peu, attiré par ce que j’en ai vu en la traversant.
Je passe chez les copains boire un verre, fumer une clope, et finalement je reprends la route pour Morlaix quelques heures plus tard, bien décidé à dormir dans mon lit ce soir-là.
CONCLUSION : de tout le voyage, la petite NX n’aura pas bronché. Limite elle se faisait chier. Strictement rien à lui reprocher d’un point de vue mécanique. On sent bien le moteur Honda des années 90. Une fois lancée, on a plus envie de l’arrêter.
Pour le confort, je m’attendais à souffrir le martyre du postérieur, mais il n’en a rien été. Même après plusieurs heures de route, il me suffisait de bouger un peu sur la selle pour faire disparaître aussitôt toute gêne. Concernant le dos, la position du guidon par rapport à la selle ont fait que je n’ai strictement eu aucune douleur. Et ce malgré le fait que je sois très sensible du dos. Par contre, mes jambes étaient bien trop pliées pour que la route puisse être agréable sur le long terme, cela étant dû et à ma grande taille, et à la garde au sol importante de la bestiole. J’ai fait de longs kilomètres en ligne droit debout pour me soulager les guibolles.
La bécane manque également d’une bonne bulle haute et de protège-mains, mais il n’existe apparemment pas de pare-vent pour ce modèle.
La finesse du réservoir tend également à faire légèrement écarter les genoux, lorsque l’on croise en ligne droite, où le vent s’engouffre.
Pour les bagages, je penserai la prochaine fois à leur prévoir un sac étanche en plus de la tente, parce que quand celle-ci est trempée par la rosée ou la pluie, c’est foutu pour garder ses fringues au sec. Et l’araignée du réservoir, plus grande et de moins bonne qualité que l’autre, s’est trop détendue au cours de la ballade et il m’a fallut lui adjoindre de la cordelette pour maintenir avec efficacité le duvet et la sur-tente.
Pour finir, ce fut un voyage formidable et je ne songe qu’à repartir. Malheureusement mon emploi du temps ne m’accorde qu’une semaine de libre pour les six mois à venir (hors fins de semaines). Et je pense en profiter pour traverser la France encore, d’ouest en est cette fois. De la Bretagne à la Lorraine. Et je me prépare déjà pour ce trajet hivernal.
Merci à tous pour vos conseils et vos encouragements.
À bientôt sur la route,
Alambic.