Après la densité des deux jours précédents, celui-ci sera un jour de transition. Il n'en sera pas moins long, avec un peu plus de 600 kilomètres à abattre et trois frontières à traverser.
1. Les montagnes du Monténégro
Et zé rebartiiii
De bonne heure je charge pépette. Comme à chaque fois que le petit-déjeuner est compris dans le prix, je triple les rations. S'il fait bon dans la plaine, les montagnes qui m'attendent entre Podgorica et le Kosovo sont glaciales : il me faut des vitamines et du sucre à brûler. Je reprends, du coup, l'autoroute empruntée hier soir. C'est le seul grand axe avant le milieu du Kosovo. Au bout du tronçon de 30 kilomètres, le long duquel j'ai eu le loisir de compter les degrés s'évaporer un à un et de voir les reliefs grossir, je me trouve immédiatement sur de bonnes routes d'arrière-pays, usées, un peu étroites, souvent poudrées de graviers ou tachées de flaques de pluie. Quelques hameaux et ferment décorent la route, que je scrute attentivement tellement les raccords et nids-de-poule sont nombreux. Ainsi que les poids lourds. Par endroits, la "route" devient une véritable piste off-road en bitume. Je me prends au jeu et finis par mener la roue avant dans le bas-côté plein de feuilles et de terre, l'espace d'une seconde, avant que les réflexes ne s'enclenchent et bousculent la meule de nouveau sur le bitume.
Tu me vois arriver, là ?
Le premier col (Trešnjevik) ne tarde pas. La vue commence à s'ouvrir et le soleil resplendissant réchauffe le cœur, à défaut du corps. Transi, je descends les épingles à petite vitesse quand j'aperçois un panneau inscrit "Radmilica - Take a break and enjoy the view

- Hot drinks". Ma foi, congelé comme je suis, je ne dis pas non. Un peu plus bas sur la route, je tombe sur ledit établissement, une petite vision de paradis au milieu de cet enfer froid !
Ce café, totalement ouvert, est entièrement fait de bois. Il se compose d'une terrasse, d'un minuscule comptoir/débit et d'une petite cuisine couverte (et de toilettes). La terrasse, posée immédiatement au bord de la route, surplombe la vallée en direction de l'est, donc, ce matin, elle est en plein soleil. Tables, chaises, tabourets et chaises longues sont disposés avec variété ; certains sont couverts de peaux, et partout des plaids sont à disposition pour un maximum de confort. La décoration est simple et inventive. À peine ai-je mis le pied à terre qu'un labrador me fait une fête incroyable. Un autre chien se réchauffe au soleil, sur la terrasse, et un chat, typiquement, me calcule avec prudence.
Comment ne pas s'arrêter quand on est accueilli comme ça !
Vous jugerez d'après les photos le sentiment de réconfort et de douillet qui me saisit à cet instant, d'autant plus fort que ce début de journée fut éprouvant. À cette heure et par cette température, je suis le seul sur place, ce qui laisse au propriétaire le loisir de me parler de cet endroit. Il a ouvert à peine un mois plus tôt, avec dans l'idée de proposer quelque chose de différent. Sa mère est artiste, ce qui explique le soin apporté à l'ambiance générale et aux détails de la décoration. Je ne peux que confirmer et saluer son intention de proposer un lieu confortable et inattendu pour valoriser cette région montagnarde qu'il habite et affectionne. Il m'explique la suite du projet, un agrandissement, une véranda modulaire pour pouvoir rester ouvert (façon de parler) même l’hiver, etc. Personnellement j'aime la simplicité rustique de cette terrasse telle qu'elle est, mais je comprends la nécessité de protéger le tout pendant les mois rudes. Je recharge les batteries avec un chocolat chaud riche et généreux, tout en cédant aux demandes de caresses répétées des deux chiens. Ragaillardi, je repars, non sans souhaiter le meilleur au proprio.
Pause réchauffement, bien entouré par la faune locale
La route redevient plus urbaine et rapide vers Berane, petite ville au milieu des montagnes. De là, je prends de nouveau plein est en direction de la frontière du Kosovo. Je traverse Rozaje, similaire à Berane. Visuellement, je reconnais un style alpin ; après tout, même sous ces latitudes, je suis toujours dans les Alpes (dinariques). Les maisons trapues côtoient une patine industrielle contribuée par les assez nombreuses scieries et entreprises de BTP locales. Au détour de ce décor qui ne choquerait pas en Autriche ou en Italie du nord, les minarets rappellent qu'on est en ancien territoire ottoman.
Rozaje est ma dernière ville monténégrine. La route monte, serpente sur la montagne, et comme les fois précédentes, le même sentiment de vide, de non-lieu s'insinue dans mon esprit. Le trafic est faible voire inexistant. À la frontière monténégrine, je croise un vieux motard Allemand en Ténéré 700 lourdement équipée off-road et camping. Sortant du Kosovo, il vient échanger quelques mots pendant que j'attends mon tour à la douane. Beaucoup de pluie, me dit-il, depuis une semaine qu'il tourne dans le pays. Il a commencé sa boucle par la Slovaquie, puis la Hongrie, la Serbie, un peu de Bulgarie, le Kosovo, maintenant le Monténégro, la Bosnie, la Croatie, la Slovénie puis retour au bercail. Nettement plus aventurier que moi sur ce coup, il s'est fendu de l'automne frisquet pendant que je chassais l'été sur la côte. Une rencontre sympathique avant le désert motard que seront le Kosovo et la Macédoine.
2. Kosovo
Entre les deux douanes, la route continue d'être large et roulante, mais le paysage, d’abord caché par la forêt, commence à s'ouvrir. Quelques huttes de bergers confèrent à cet endroit un aspect authentique et centenaire en décalage avec les douanes chétives, presque puériles, posées sur ce territoire constamment disputé. Contrairement à mes attentes, le douanier kosovar est nettement plus sympa que le monténégrin, me demandant des détails sur mon voyage. Petite info en passant, d'ordre administratif : la carte verte n'est pas reconnue par le Kosovo, il me faut donc acheter une assurance sur place. Mauvaise surprise ? Pas vraiment, ça ne coûte que 10€ pour ma moto. Le pire est peut-être l'employé dans son cabanon qui pianote mon document sans me jeter un regard ni m'adresser un mot. Mes papiers en règle, je passe la douane au moment où je croise, dans l'autre sens, le dernier motard que je verrai avant Thessalonique.
Un vrai aventurier et un Allemand pas en GS, ça change !
Promis je suis en règle !
En grand : https://i.imgur.com/pAv0iwQ.jpg
Vue sur la vallée depuis la descente de la frontière
N'étant pas sûr d'aller jusqu'en Grèce et n'ayant certainement pas anticipé de passer par le Kosovo, je n'avais rien de prévu à voir sur place. Je suis dans ma deuxième semaine, et j'ai encore un sacré bout de chemin à faire en Grèce : avec si peu de temps disponible, je n'hésite pas à décider de traverser le Kosovo d'une traite. L'image que j'en garde n'est certainement pas représentative du pays dans son ensemble, et j'espère pouvoir mieux l'explorer un jour.
Dans l'ensemble, et connaissant la gestation complexe et douloureuse de ce pays, et le retard économique à rattraper, l'impression qui s'est dégagée de ma traversée est celle d'un pays avant tout occupé de se nourrir, de s'équiper, de se (re)construire. Non pas que le pays soit en ruines, pas du tout : au contraire, les constructions résidentielles, commerciales, industrielles sont étalées partout, à tel point qu'il m'est difficile de savoir où commence et s'arrête une agglomération. C'est plutôt le manque de finition et l'apparente désorganisation qui donnent l'image d'un pays sans la moindre planification, peut-être encore coincé dans une vision à (très) court terme. D'où il découle, d'après ma perception, que le pays ne me semble pas accueillant ; pas dans le sens négatif, mais dans le sens où l'économie kosovare, où le tourisme est encore anecdotique, a bien d'autres priorités que de s'apprêter pour plaire aux touristes (on parle d’un pays qui, en 2022, n’a pas de domaine internet spécifique…).
A contrario du Monténégro qui était 80% de montagnes pour 20% de plaine, le Kosovo c'est grosso modo 80% de plaine pour 20% de montagnes. Je jouis d'une vue imprenable sur la plaine de Klina au fil des lacets qui dévalent de la frontière. Dès que j'arrive en plaine, donc en terrain urbanisé, je remarque l'apparente confusion qui baigne le pays. Les poids lourds côtoient les tracteurs et les SUV de luxe, sur des routes de chèvres qui débouchent sur des 2x2 voies bordées de petits commerces, quand ailleurs on se croise à 110 sur une double voie ; les petits stands d'agriculteurs locaux se tiennent dans l'ombre de gros bâtiments de zone commerciale, pointillés de grosses maisons résidentielles au style opulent mais sans jardin, voire sans revêtement. La plupart du temps je ne comprenais pas le type de route sur lequel je roulais. Passer un sommet de colline me permettait de constater que l'urbanisme éclaté couvrait tout le paysage visible.
La partie visible de l'économie est toute en contradictions et en interrogations. J'ai croisé des centaines de maisons, souvent ambitieuses (étage, balcons, de la surface pour deux ou quatre appartements), manifestement habitées mais sans revêtement, parpaings à vif. La culture du jardin (si je puis dire) est virtuellement inexistante, celui-ci n'étant jamais plus élaboré qu'un gazon propre, et bien plus fréquemment laissé en friche. Des maisons neuves, bourgeoises, côtoient des bicoques d'agriculteurs et s'implantent au bord des routes où la circulation est permanente (ces maisons sont visiblement plus récentes que la route, donc les propriétaires ont décidé de s'installer au bord du bruit). Si les routes et les trottoirs en agglomération sont plutôt propres et en bon état, il est impossible de ne pas trouver une bande de cailloux entre route et trottoir, un parking en cailloux, une rue, etc. Des maisons d'un style contemporain, là encore de toute évidence neuves et destinées à une clientèle de classe moyenne-haute, sont installées à 10 mètres d'une 2x2 voies à 90km/h, de l'autre côté d'une rangée de garages auto, de fournisseurs de métal, de sièges d'entreprises, sans le moindre centre-ville pédestre ni commerce de proximité. Faut-il mentionner l'évident danger de quitter ou de s'insérer sur ces "strodes" (mélange de rue (street) et de route (road) à l'américaine), sans la moindre voie de dégagement et d'insertion ; ici, rouler sur le bas-côté est commun aux automobilistes lents.
Quelques captures du Kosovo "lambda"
Les maisons non finies, habitées ou non, sont légion. Trois d'entre elles rien que sur cette photo
Notez les villas à gauche, en bord de voie rapide où ça roule entre 80 et 110
On croise pas mal de SUV de luxe (Cayenne, etc.), les berlines BMW et Mercedes typiques, et du tuning moche, ringard chez nous depuis 20 ans. Parfois, d'énormes concessionnaires de voitures de luxe sautent aux yeux, en inadéquation totale avec ce qui les entoure. Pour une raison qui m'échappe, on peut croiser une station service tous les deux kilomètres sur dix kilomètres, et mieux que cela, trois stations service concurrentes les unes à côté des autres (véridique). Le nombre de lavages auto est lui aussi surprenant. J'ai eu le sentiment, sans creuser spécifiquement le sujet, que le Kosovo a tout récemment accédé à la société de consommation, et que la voiture individuelle a encore, là-bas, le statut symbolique qu'elle avait chez nous il y a plusieurs décennies. Le parc automobile semble globalement recevoir plus de soins que le parc immobilier : les voitures sont propres, récentes, et le nombre de commerces liés à l'automobile tend à prouver que la voiture individuelle compte plus que leur maison aux yeux des Kosovars qui peuvent y consacrer du revenu.
À l'opposé des départementales et nationales (pour faire simple), une fois sur autoroute, les stations service sont extrêmement rares. Plusieurs fois j'ai vu indiquée une aire de repos avec station service, pour ne trouver, une fois à hauteur, qu'une sortie condamnée et un remblai couvert d'herbe, sans la moindre trace qu'il y eût jamais là la moindre infrastructure. Étant donné son état impeccable, l'autoroute est sans doute toute neuve, et quasi équipée.
Je vois le panneau de sortie mais je cherche l'aire de repos
Le ciel immense repose l'esprit après les montagnes du Monténégro
Cherchant un endroit pour manger, j'interromps ma session de 130 pour traverser une ou deux communes proches. La même confusion d'espaces urbains opère à petite échelle. Je ne trouve pas de centre-ville, en fait. Les communes semblent étalées de long d'axes routiers (l'importance du réseau routier pour l'économie est ici limpide), au lieu d'une place ou d'une mairie. Cette logique, proche de la planification urbaine à l'américaine, me donne l'impression d'être, partout, dans une zone commerciale. La route se dégrade en parkings non délimités devant les enseignes, et dépité à l'idée de ne pas parvenir à trouver un endroit qui ne soit pas posé au bord de la route, je renonce à m'arrêter. Par ailleurs, j'ai toujours ce sentiment de préoccupation qui me fait penser qu'ils ont mieux à faire que de servir un touriste. Pour retrouver l'autoroute, qui à cet endroit n'est pas isolée, afin de permettre un accès facile aux commerces en bordure, je dois décoller de l'intersection en T à toute vitesse. Oui, ça défile à 120 devant ma ligne de stop.
Il faut que je nuance ce "sentiment de préoccupation" pour m'assurer d'être bien compris. Il ne s'agit pas du tout d'un sentiment d'être en danger, d'être scruté, etc. Rien de tout cela. À aucun moment lors de voyage, jusque-là, ne me suis-je senti en danger où dans un endroit qui "craint". Disons, plus correctement peut-être, qu'à l'inverse de partout ailleurs dans les Balkans, je n'ai pas senti au Kosovo une décontraction, une tranquillité de vie dans une petite commune ou un village, m'incitant à m'arrêter. Parce que j'ai l'impression que tout le pays est un maillage de zones commerciales ou industrielles à travers lequel transite en permanence un trafic modéré mais ininterrompu.
Je poursuis donc ma route et concentre mon attention sur le paysage, en direction de Skopje, la capitale macédonienne sise juste après la frontière.
Ce pont impressionnant se dérobe à l'horizon...
... et se poursuit jusqu'à la frontière
4. Macédoine
Je n'ai pas autant à dire sur la Macédoine du Nord. S'il était originellement prévu que j'y visite quelques lieux au niveau de la frontière albanaise, comme le parc national de Galicica et ses deux lacs, le changement de route et le temps limité me confinent à l'autoroute. Le segment jusqu'à Skopje serpente dans des gorges s'ouvrant progressivement sur une grande plaine. Après cela, c'est de l'autoroute pure et dure jusqu'à la Grèce. À la faveur des lignes droites interminables et du rythme régulier de pépette, je laisse voguer mon esprit à diverses réflexions. Je profite de cette transition désaturée pour ancrer dans ma mémoire cette première partie du voyage. C'est à peine si je m'arrête faire un plein, exerçant pour la dernière fois mon serbo-croate rudimentaire. À peine ai-je le temps de remarquer la végétation un peu plus sèche et les températures de nouveau estivales que la frontière est là.
L'austère minimalisme des paysages macédoniens ne manque pas d'un certain attrait pour qui aime les grands espaces
Succès débloqué : quatre pays dans la même journée.
5. Thessalonique
Je suis accueilli en Grèce par deux jolies douanières, dont l'une (mignonne brune à lunettes) a clairement les yeux qui brillent à la vue d'un voyageur au long cours. Je serais bien resté faire connaissance si les circonstances l'eussent permis ! La douane derrière moi, et de nouveau dans l'Empire de Bruxelles, je savoure mon arrivée dans cette nation à laquelle aucun philosophe n'est insensible. Le climat, les couleurs, le paysage, il y a comme quelque chose de familier.
Je déchante brutalement lorsque l'autoroute se mue, silencieusement et sournoisement, en simple deux-voies à double sens de circulation, où l'on se croise à 110 sans aucune protection au milieu de la chaussée. Déjà. Mais en plus, je découvre à cette occasion les pratiques routières de la Grèce, où rouler sur le bas-coté/la bande d'arrêt d'urgence (on ne sait pas bien) est non seulement conseillé mais vital pour laisser passer les furieux qui doublent à 160 et plus. C'est-à-dire qu'avec environ 12 kilomètres de ligne droite, cette route éveille des vocations.
Il est alors judicieux de réajuster ses propres habitudes. Au lieu des 5 secondes que l'on enseigne en moto école, c'est
toutes les secondes qu'il faut contrôler ses rétroviseurs. Et ce n'est pas une exagération : une fois, la route étant libre devant et derrière, j'ai porté mon attention sur le paysage pendant 8 ou 10 secondes — jusqu'à ce qu'un Cayenne me surprenne
par son déplacement d'air en me dépassant comme une balle à 30 cm de mon guidon (ce n'est pas une exagération non plus). Voilà donc la première fois que je me sens en danger sur la route, et je considère cette route (E75/route 1) comme l'une des plus dangereuses de tout mon parcours. Oubliez les falaises, les graviers, les lacets : là, j'ai eu une vraie frousse. J'ai compté les minutes jusqu'à sortir de ce coupe-gorge.
La route de la mort
Quand la bande d'arrêt d'urgence devient bande de sécurité pour les véhicules lents
Malheureusement, cette fin de journée n'allait pas vraiment s'améliorer. Lorsque cette route de la mort s'achève, c'est pour enchaîner sur le périphérique de Thessalonique. J'avais noté de passer saluer un vieil ami, Alexandre le Grand, dont la statue orne le front de mer de Thessalonique. Je n'avais pas calculé l'échelle de l'enfer urbain qu'est Thessalonique. Après un interminable — et dangereux — périphérique, j'accède au centre-ville congestionné, un (autre) enfer largement pire que Lyon. Malmené sur une cinq voies en plein centre-ville, je m'adapte rapidement et joue de l'interfile à tout va, extrêmement attentif à tout mouvement autour de moi. La journée a été longue et je me suis fourré dans un merdier insupportable. Je suis le GPS, j'approche du front de mer, une place ?
La promenade est tout à droite, derrière la rangée d'arbres. Charmant.
When in Rome, do as the Romans do
Ha ! Certainement pas. Une voire deux files de stationnement, aucune place (j'ai pensé me garer sur la large promenade, puis j’ai renoncé), un flot constant. Cette même cinq voies sépare la promenade du reste du centre-ville. Une horreur, une aberration urbaine, une violence faite au bon sens. J'aperçois la statue et me contente d'un salut de loin. Tout en jouant de l'accordéon entre les bagnoles et les scooters, je pianote une destination quelconque à l'extérieur, à l'ouest de Thessalonique, du côté de la route de demain. Je poursuis sur une autre cinq voies, celle qui part vers l'ouest (oui chaque cinq voies est à sens unique). Entre les scooters, les bus, les piétons, le bordel que je déteste et l'allure insupportablement lente parfois et dangereusement rapide la seconde d'après, je crains à un moment de faire une crise d'angoisse. Plus d'une heure de cet enfer avant de respirer l'air de la plaine. Je bifurque dans le premier bled modeste, me gare, souffle.
Le soleil vient de se coucher. Je suis claqué. Je cherche mon hébergement. Je le trouve, et je néglige de vérifier son emplacement exact avant de réserver... À une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau... de l'autre côté de la baie. Donc de l'autre côté… de Thessalonique. Je me tape la tête contre le réservoir deux ou trois fois, j'enfourche la moto, rassemble ce qu'il me reste d'énergie et de courage, et repars.
Les Grecs roulent soit très lentement, soit beaucoup trop vite
La circulation a légèrement baissé, car l'heure de pointe est passée (oui, j’avais ponctuellement débarqué en pleine
rush hour). Je reste sagement sur le périph', et la pilule passe à l'aéroport, à hauteur duquel la route devient une simple départementale. La nuit tombe, le bord de la route me fait un peu penser au Kosovo, curieusement. Tout n'est pas bien clair dans ce plan d'urbanisme. De toute manière, toute cette partie est essentiellement peuplée de résidences balnéaires. Je pousse jusqu'à Agia Triada, trouve mon carré, me maudissant de m'être imposé un troisième passage sur ce périphérique au petit matin.
J'arrive sur place. Pas de numéros sur les bâtiments. J'envoie un message texte via Booking. Pas de réponse. Les minutes passent, j'appelle. Une dame s'avance et me fait signe… Évidemment, le seul coin sombre de la rue : la maison est invisible depuis celle-ci. Je me gare enfin. Douche, cuisine, climatisation, très bien, merci madame,
kalinikta et boum, je m'effondre vaincu par le sommeil du juste.